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30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 20:23

"Pour la première fois en France, des chrétiens sont assassinés à cause de leur foi, rejoignant par là le tragique sort de leurs frères chrétiens d’Orient (et comment ne pas penser aux martyrs d’Algérie, en ce 20e anniversaire de l’assassinat des moines de Thibérine et de l’évêque d’Oran, Pierre Claverie ?).
De nombreux amis juifs, qui savent depuis si longtemps ce qu’il peut en coûter d’être Juifs, ont envoyé aux membres chrétiens de l’AJCF des messages de sympathie qui ont été pour eux comme un baume.
Comment taire son émotion ?
Qu’un prêtre soit sauvagement assassiné dans son église alors qu’il célébrait la messe, et que cet acte soit commis par des hommes osant se réclamer de Dieu est doublement sacrilège. Les authentiques croyants, Juifs, Chrétiens, Musulmans, pleurent la mort du serviteur d’un Dieu qu’ils savent Dieu d’amour et de miséricorde. Tous les hommes de paix et de bonne volonté pleurent un homme de dialogue et de fraternité.

L’AJCF tient à exprimer sa compassion et sa solidarité à la communauté catholique si éprouvée, comme à tous les chrétiens blessés par la haine destructrice dont ils sont l’objet. On sait bien ce que visent les djihadistes : ruiner, par ces assassinats, tant d’efforts de dialogue et de respect mutuel entrepris en tant de lieux de France entre musulmans et chrétiens. St Etienne du Rouvray était justement l’un de ces lieux, et le P. Hamel et les religieuses qui l’entouraient de fervents artisans du dialogue islamo-chrétien local.
L’AJCF, qui fut fondée pour combattre la haine et le mépris et promouvoir l’estime mutuelle et la réconciliation, redit avec force sa détermination à rester fidèle à sa mission. Non, la haine n’aura pas le dernier mot ! Ensemble, Juifs et chrétiens, côte à côte avec les musulmans et les hommes de bonne volonté, nous continuerons à la combattre et à favoriser le dialogue et l’amitié, réaffirmant que notre Dieu est amour et miséricorde pour tous les hommes."

Jacqueline Cuche
Le 28 juillet 2016

original en ligne ici

22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 18:39

Une information qui mérite d'être bien mise en avant sur ce blog, même si elle date déjà de quelques mois :

Un groupe international de rabbins orthodoxes a publié jeudi 3 décembre 2015 un communiqué présentant de manière tout à fait inédite le christianisme comme un partenaire du judaïsme, fruit d'une "volonté divine", selon laquelle juifs et chrétiens sont appelés à travailler ensemble à la rédemption du monde.

Quelques précisions extraites du site europe-israel.org nous permettent de nous faire une petite idée de ce document :

"C’est un tournant théologique pour le judaïsme orthodoxe, la branche la plus traditionnelle du judaïsme, qui avait jusqu’à présent limité la coopération interreligieuse aux questions sociales, économiques et politiques.

Le texte est intitulé « Pour faire la volonté de notre Père des cieux : vers un partenariat entre juifs et chrétiens ». Il a été signé par 28 rabbins membres du « Centre d’étude de la Bible et des relations judéo-chrétiennes », basé à Efrat, en Israël.

« Nous reconnaissons que le christianisme n’est ni un accident ni une erreur, mais le fruit d’une volonté divine et un cadeau fait aux nations », écrivent les signataires. « En séparant le judaïsme et le christianisme, Dieu a voulu une séparation entre des partenaires aux différences théologiques certaines, et non une séparation entre des ennemis ».

Parmi les signataires figurent des personnalités à la pointe du dialogue interreligieux, notamment le rabbin David Rosen, du Comité juif américain, et le rabbin Shlomo Riskin, fondateur de la synagogue de Lincoln Square à New York.."

 

En voici le texte intégral :

Faire la volonté de Notre Père des cieux

Vers un partenariat entre juifs et chrétiens

 

Au terme de près de deux millénaires d’hostilité et d’opposition mutuelles, nous, rabbins orthodoxes qui dirigeons des communautés, institutions et séminaires en Israël, aux Etats-Unis et en Europe, reconnaissons l’occasion historique qui s’offre à nous aujourd’hui. Nous cherchons à faire la volonté de notre Père céleste en acceptant la main tendue par nos frères et sœurs chrétiens. Juifs et chrétiens doivent travailler ensemble, en partenaires, pour relever les défis moraux de notre temps.

 

- 1. La shoah a pris fin il y a soixante-dix ans. Elle a constitué la perverse apogée de siècles de discrédit, d’oppression et de rejet des juifs et de l’animosité qui, de ce fait, s’est développée entre juifs et chrétiens. Rétrospectivement, il est clair que l’incapacité à refuser ce mépris et à s’engager dans un dialogue constructif pour le bien de l’humanité a affaibli la résistance aux forces maléfiques de l’antisémitisme qui ont fait sombrer le monde dans l’assassinat et le génocide.

- 2. Nous reconnaissons que, depuis le Concile Vatican II, les enseignements officiels de l’Église catholique sur le judaïsme ont changé fondamentalement et irrévocablement. La promulgation de Nostra Aetate voici cinquante ans a amorcé le processus de réconciliation entre nos deux communautés. Nostra Aetate et les documents officiels ultérieurs de l’Église qu’il a inspirés bannissent sans équivoque toute forme d’antisémitisme, affirment le caractère éternel de l’Alliance entre D.ieu et le peuple juif, rejettent le déicide et soulignent la singularité de la relation entre chrétiens et juifs, lesquels ont été appelés « nos frères aînés » par le pape Jean Paul II et « nos pères dans la foi » par le pape Benoît XVI. Sur cette base, les catholiques et d’autres instances chrétiennes officielles ont entamé avec les juifs un dialogue honnête qui s’est développé pendant les cinq dernières décennies. Nous apprécions l’affirmation par l’Église de la place unique d’Israël dans l’histoire sainte et la rédemption ultime du monde. Aujourd’hui, les juifs ont expérimenté l’amour et le respect sincère que de nombreux chrétiens leur ont témoignés à travers bien des initiatives de dialogue, de rencontres et de conférences partout dans le monde.

- 3. Comme l’ont fait Maïmonide et Yehudah Halevi [1], nous reconnaissons que le christianisme n’est ni un accident ni une erreur, mais le fruit d’une volonté divine et un don fait aux nations. En séparant le judaïsme et le christianisme, D.ieu a voulu une séparation entre des partenaires présentant des divergences théologiques importantes, mais non entre des ennemis. Le rabbin Jacob Emden a écrit : « Jésus a apporté un double bienfait au monde. D’une part, il a magnifiquement soutenu la Torah de Moïse […] et aucun de nos Sages n’a davantage insisté sur son immuabilité. D’autre part, il a fait disparaître l’idolâtrie des nations, leur a imposé les sept lois de Noé afin qu’ils ne se comportent pas comme des animaux sauvages et leur a fermement inculqué des principes moraux […]. Les chrétiens sont des communautés qui œuvrent en faveur du ciel et sont destinées à durer ; elles sont habitées par l’amour du ciel et la récompense ne leur sera pas refusée. » [2] Le rabbin Samson Raphael Hirsch nous a enseigné que les chrétiens « voient dans la Bible juive de l’Ancien Testament un écrit appartenant à la révélation divine. Ils professent leur foi dans le D.ieu du ciel et de la terre, comme le proclame la Bible, et reconnaissent la souveraineté de la divine Providence. » [3] Maintenant que l’Église catholique a reconnu l’Alliance éternelle entre D.ieu et Israël, nous juifs pouvons reconnaître la valeur constructive constante du christianisme comme notre partenaire dans la rédemption du monde, sans craindre que cela soit exploité à des fins missionnaires. Ainsi que l’a déclaré le Grand Rabbin de la Commission bilatérale Israël-Saint Siège, placée sous la direction du rabbin Shear Yashuv Cohen, « nous ne sommes plus des ennemis mais des partenaires sans équivoque dans la défense des valeurs morales fondamentales, pour la survie et le bien-être de l’humanité. » [4]. Aucun de nous ne peut réaliser seul la mission de D.ieu dans ce monde.

- 4. Juifs et chrétiens ont, du fait de l’Alliance, la mission commune de parfaire le monde, sous le regard souverain du Tout-Puissant, afin que tous les hommes invoquent Dieu par son nom et que les abominations soient extirpées de la terre. Nous comprenons l’hésitation des deux parties à affirmer cette vérité et appelons nos communautés à surmonter ces peurs afin d’établir des relations de confiance et de respect. Le rabbin Hirsch a également enseigné que « en ce qui concerne les devoirs des hommes envers leur prochain, le Talmud place les chrétiens exactement sur le même plan que les juifs. Ils ont le droit de bénéficier de tout ce qu’impose non seulement la justice mais aussi un amour fraternel actif entre les hommes. » Dans le passé, les rapports entre chrétiens et juifs ont souvent été considérés à travers la relation conflictuelle entre Jacob et Esau. Le rabbin Naftali Zvi Berliner (Netsiv) avait pourtant déjà compris, à la fin du XIXe siècle, que juifs et chrétiens sont destinés par D.ieu à être des partenaires aimants : « A l’avenir, quand les enfants d’Esau auront été poussés par pureté d’esprit à reconnaître le peuple d’Israël et ses vertus, alors nous serons également amenés à reconnaître Esau comme notre frère ». [5]

- 5. Nous, juifs et chrétiens, avons plus en commun que ce qui nous divise : le monothéisme éthique d’Abraham ; la relation avec l’unique Créateur du ciel et de la terre qui nous aime et prend soin de nous tous ; les saintes écritures juives ; la croyance en une tradition contraignante ; et les valeurs de la vie, de la famille, de l’équité miséricordieuse, de la justice, de la liberté inaliénable, de l’amour universel et de la paix ultime du monde. C’est ce qu’a confirmé le rabbin Moïse Rivkis (Be’er haGolah) en écrivant : « les Sages ne se sont référés qu’aux idolâtres de leur temps qui ne croyaient pas à la création du monde, ni à l’exode, ni aux actes miraculeux de D.ieu, ni au don de la loi divine. Par opposition à eux, les peuples parmi lesquels nous sommes dispersés croient en tous ces éléments fondamentaux de la religion. » [6]

- 6. Notre partenariat ne minimise en rien les différences persistantes entre les deux communautés et les deux religions. Nous croyons que D.ieu se sert de nombreux messagers pour révéler sa vérité, mais affirmons aussi les obligations morales essentielles de tous les hommes devant D.ieu, que le judaïsme a toujours enseignées au titre de l’alliance universelle avec Noé.

- 7. En imitant D.ieu, juifs et chrétiens doivent constituer des modèles de service, d’amour inconditionnel et de sainteté. Nous sommes tous créés à l’image sacrée de D.ieu, et juifs et chrétiens doivent rester fidèles à l’Alliance en participant ensemble activement à la rédemption du monde.

Pour lire l'original en anglais, cliquer ici.

Premiers signataires (par ordre alphabétique) :
Rabbi Jehoshua Ahrens (Allemagne)
Rabbi Marc Angel (Etats-Unis)
Rabbi Isak Asiel (Grand Rabbin de la Serbie)
Rabbi David Bigman (Israël)
Rabbi David Bollag (Suisse)
Rabbi David Brodman (Israël)
Rabbin Natan Lopez Cardozo (Israël)
Rav Yehouda Gilad (Israël)
Rabbi Alon Goshen-Gottstein (Israël)
Rabbi Irving Greenberg (Etats-Unis)
Rabbin Marc Raphaël Guedj (Suisse)
Rabbi Eugene Korn (Israël)
Rabbi Daniel Landes (Israël)
Rabbi Steven Langnas (Allemagne)
Rabbi Benjamin Lau (Israël)
Rabbi Simon Livson (Grand Rabbin de la Finlande)
Rabbi Asher Lopatin (Etats-Unis)
Rabbi Shlomo Riskin (Israël)
Rabbi David Rosen (Israël)
Rabbi Naftali Rothenberg (Israël)
Rabbi Hanan Schlesinger (Israël)
Rabbin Samuel Sirat (France)
Rabbi Daniel Sperber (Israël)
Rabbi Jeremiah Wohlberg (Etats-Unis)
Rabbi Alan Yuter (Israël)

Signataires suivants :
Rabbi David Bauman (Etats-Unis)
Rabbi Abraham Benhamu (Perou)
Rabbi Todd Berman (Israël)
Rabbi Michael Beyo (Etats-Unis)
Rabbi Michael Chernick (Etats-Unis)
Rabbi Josef Douziech (Canada)
Rabbi David Ellis (Canada)
Rabbi Seth Farber (Israël)
Rabbi Ben Greenberg (Etats-Unis)
Rabbi Yeshayahu Hollander (Israël)
Rabbi David be Meir Hasson (Chili)
Rabbi Herzl Hefter (Israël)
Rabbi Zvi Herberger (Norvège/Estonie)
Rabbi David Jaffe (Etats-Unis)
Rabbi David Kalb (Etats-Unis)
Rabbi Joseph Kolakowski (Etats-Unis)
Rabbi Frederick Klein (Etats-Unis)
Rabbi Shaya Kilimnick (Etats-Unis)
Rabbi Yehoshua Looks (Israël)
Rabbi Ariel Mayse (Etats-Unis)
Rabbi Bryan Opert (Afrique du Sud)
Rabbi David Rose (Royaume Uni)
Rabbi Daniel Sherbill (Etats-Unis)
Rabbi Zvi Solomons (Royaume Uni)
Rabbi Yair Silverman (Israël)
Rabbi Daniel Raphael Silverstein (Etats-Unis)
Rabbi Mashada Vaivsaunu (Armenie)
Rabbi Shmuel Yanklowitz (Etats-Unis)
Rabbi Lawrence Zierler (Etats-Unis)

Rabbi Avraam Rosenfeld (USA

Rabbi Aaron Leibowitz (Israël)

Rose Bitton (USA)

Dina Najman (USA)

Traduction de Cécile Le Paire

 

[1Mishneh Torah, Les lois royales 11, 4 (édition non censurée) ; Le Kuzari, section 4, 22

[2Seder Olam Rabbah 35-37 ; Sefer ha-Shimush 15-17

[3Les principes de l’éducation, « Talmudic Judaism and Society », pp. 225-227

[4Quatrième réunion de la Commission bilatérale Grand Rabbinat d’Israël - Commission du Saint Siège pour les relations avec le judaïsme, Grottaferrata, Italie (19 octobre 2004)

[5Commentaire sur Gn 33,4

[6Glose sur Shulhan Arukh Hoshen Mishpat, section 425 ,5

 

27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 09:53

La radio chrétienne de Loire Atlantique

vous propose chaque semaine

Juifs & Chrétiens en dialogue

une rencontre avec

le Judaïsme et ses richesses

Horaires de diffusion

lundi à 16h00, mercredi à 11h03

 dimanche à 10h00

 

Du 27 juin au 3 juillet 2016

dernière émission avant la période estivale

Nous nous retrouverons à la rentrée fin août

Belles vacances à tous !!!!

 

Cette semaine

La Galilée, 

c'est aussi un chemin de foi

pour les chrétiens

 

avec

 

Sophie Alix

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 18:27

Dans les relations judéo-chrétiennes en France, nous pensons d’abord aux pionniers que furent Jules Isaac, Edmond Fleg, et tant d’autres que nous avons pris l’habitude de côtoyer. Et après tout, il est bien naturel que nous soyons tournés d’abord vers l’univers francophone. Et pourtant, comment pourrait-on ignorer ce qui se fait de formidable dans des pays qui nous sont si proches, comme l’Italie du vingtième siècle ?

Ainsi, si l’on voulait décerner une récompense pour la vie la plus longue vécue dans le domaine des relations judéo-chrétiennes, il semble très probable que le prix irait à Mme Lea Sestieri. (rappelez-vous : nous vous en avons parlé ici.)

L'un des chercheurs les plus respectés et les plus prolifiques de l'Italie dans le dialogue judéo-chrétien moderne, Lea Sestieri vient d’avoir 103 ans le mois dernier et, jusqu'à très récemment, elle était encore très impliquée dans la communauté juive, offrant ses réflexions ancrées dans une vie longue et riche au service de cette amitié inter-religieuse, en Italie et ailleurs.

(Les lignes qui suivent doivent beaucoup à la traduction libre par nos soins d’un article de Marco Morselli – Italia Ebraica, giugno 2013 sur Moked.it).

Lea Sestieri est née à Rome le 31 mai 1913, dans une fratrie de cinq enfants, fille de Sabatino Settimio Sestieri et de Margherita Toscano. M. Sestieri, professeur de comptabilité dans les collèges, travaille avec son oncle Giuseppe Pitigliani, qui a fait don à la communauté juive de Rome du bâtiment qui abrite aujourd'hui le centre juif italien. La famille vit alors Via Catalana, à côté de la Grande Synagogue. Lea fréquente le Lycée Visconti, puis s’inscrit en 1931 à la Faculté des Lettres de la Sapienza, se spécialisant dans les langues sémitiques. Son professeur à l'Université est Umberto Cassuto, qui propose à la brillante étudiante de suivre aussi ses cours au Collège rabbinique italien. C’est ainsi que Lea, en tant qu’auditrice, est devenue la première femme à suivre les cours du CRI (Collège Rabbinique Italien), tout en y travaillant également en tant que bibliothécaire.

 

Diplômée en 1935, elle épouse l’année suivante, Umberto Scazzocchio, alors secrétaire de la Communauté Juive de Rome. Les deux jeunes gens s’étaient rencontrés précisément dans ce bâtiment du Lungotevere Cenci qui abritait alors les deux institutions. En 1936, le jeune couple se déplace en Érythrée (Ethiopie, colonie italienne), où Umberto travaille comme avocat et où Lea enseigne les Lettres au Lycée italien d'Asmara. Lea est également nommée Conservatrice des manuscrits éthiopiens de la Bibliothèque d'État. En 1938, naît leur fils Claudio, au moment même où, avec l'entrée en vigueur des lois racistes, Lea est licenciée et Umberto doit travailler en secret pour des collègues « aryens ». Son frère Giuseppe, qui avait déjà émigré en Uruguay, leur obtient alors un visa.

 

Les Scazzocchio réussissent à le rejoindre en 1941. Partant de Rome en train, ils traversent la France de Vichy et l'Espagne de Franco, arrivent au Portugal et, de là, réussissent à embarquer pour l’Amérique du Sud. Les autres membres de la famille parviennent également à se sauver : Virginia (épouse Della Seta) à Montevideo, Felicità (épouse Pisterman) à Buenos Aires. Aldo avait été éloigné à Gorgoglione en Basilicate, (entre Potenza et Matera, dans le pied de la botte italienne). Après la guerre, Aldo - qui avait déménagé à Isola Liri pour prendre soin de l'usine de papier de la famille qui l’avait accueilli - décida de donner la maison de Via Catalana à la Communauté. C’est la maison dans laquelle vit encore une autre grande personnalité italienne du judaïsme: Rabbi Elio Toaff.

Munie d’une lettre de présentation du Père Giuseppe Ricciotti qui avait été son professeur à La Sapienza, Lea obtient une chaire de langue et de littérature grecques à l'Université de Montevideo (Uruguay) et s’implique totalement dans une activité extraordinaire d’enseignement de la Bible et de la culture juive dans différentes institutions.

Elle fonde et dirige le magazine séfarade « Amanacer » (Aube, lever de soleil). Umberto, qui avait été vice-président de « Liberté italienne » (l'association des exilés anti-fascistes), crée, dans l’après-guerre, deux programmes de radio très suivis: un bulletin d'information et un programme de culture italienne. Il entame également une carrière consulaire qui le conduira plus tard au Brésil, en Argentine et en Suisse. En plus d'enseigner à l'Université, Lea collabore avec le Adei Wizo (Associazione Donne Ebree d’Italia – Association des Femmes juives d’Italie – faisant partie de la WIZO : Women’s International Zionist Organization) : elle donne ainsi beaucoup de conférences et participe à de nombreuses réunions du dialogue judéo-chrétien. Elle collabore également avec Monsieur Chouchani, l'un des personnages les plus mystérieux du judaïsme du XXe siècle, maître vénéré du Talmud de Emmanuel Levinas et Elie Wiesel, qui l’ont honoré avec respect et émotion. Pendant deux ans, en 1968-70, Lea enseigne la langue grecque et la littérature à l'Université de Beer Sheva (alors pas encore indépendante de l'Université de Jérusalem) et même l’italien à l'Université de Tel Aviv. Ensuite, pour une dizaine d'années, elle et son mari déménagent à Locarno (Suisse italienne).

En 1979, ils rentrent en Italie. Umberto meurt en 1981. Lea obtient un poste d'enseignante – « Judaïsme post-biblique » - à l'Université pontificale du Latran, dirige la série « Le Radici » (les racines) pour la maison d’édition Marietti, elle fonde, avec d’autres, l'Amitié judéo-chrétienne de Rome (dont elle est toujours présidente d'honneur), elle collabore à la « Rassegna Mensile di Israele » (Revue mensuelle, née en 1925, interrompue entre 1939 et 1948, à cause des lois raciales italiennes), participe aux colloques judéo-chrétiens des Camaldoli (rencontres initiées par la congrégation des Camaldules depuis 1980 et qui regroupent chaque année de nombreuses associations du dialogue judéo-chrétien), elle tient des conférences à l' Adei, participe au SIDIC (Service international de documentation judéo-chrétienne), aux réunions du SAE (Segretariato per le attività ecumeniche, fondé par Maria Vingiani, dont nous reparlerons), écrit des livres et publie des articles et des commentaires. En 2000, le Vatican a même publié sur son site Internet une étude de Lea Sestieri intitulée : "Les racines juives du Saint Esprit".

Pour célébrer Lea, de nombreux arbres ont été plantés par l'AEC (Amitié judéo-chrétienne) en Israël, dont Lea est présidente d'honneur, par la fédération des AEC (Amitié Judéo-Chrétienne d’Italie), par les colloques Camaldules, par le SAE, (Secrétariat pour les activités oecuméniques), par de nombreux amis. Nombreux sont aussi ceux qui, de diverses parties du monde ont envoyé leurs vœux.

 

Parlant du pèlerinage du pape Jean-Paul II en Israël en l'an 2000, Lea Sestieri écrivait: "Ce que je pense, c’est que j’ai passé une grande partie de mon temps - près de 50 ans - à la réconciliation entre juifs et chrétiens, en essayant d'aider les non-Juifs à comprendre qui nous sommes, ce qu’est le judaïsme, ce que nous vivons et pratiquons. En tant que personne impliquée dans ce travail, je sens que les empreintes laissées par les pas tremblants du pape en Israël ne peuvent plus être effacés, et sont devenus une partie intrinsèque de la réconciliation de l'Eglise avec les juifs, c’est-à-dire les personnes qui lui ont fourni ses racines - racines sans lesquelles elle ne serait jamais née. »

Et, comme le disait Lea Sestieri dans un entretien à l’occasion de son 90e anniversaire : " La chose la plus importante de toutes est l'action." Eh bien aujourd’hui, dans son second siècle, le Dr Lea Sestieri continue toujours d'inspirer une nouvelle génération de jeunes chercheurs et leaders interconfessionnels avec ses écrits, ses conseils et son exemple.

Buon  compleanno, Lea, da parte di tutti i tuoi amici francesi.

 

 

9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 11:34

Cette année, Pessah, la Pâque juive, était décalée d'un mois, pour des raisons de calendrier, comme nous l'expliquions dans notre article du 17 avril. Il n'est donc pas étonnant que la fête de la Pentecôte-Chavouot le soit aussi, puisque qu'elle est est liée à la fête de Pessah. Cette année 2016 , la célébration de Chavouot est fixée au

 dimanche 12 juin (veillée de Chavouot samedi soir, 11 juin)

"Chavouot vient célébrer la promulgation de la Loi au Mont Sinaï, avec la transmission des Tables comportant les dix paroles (ou dix commandements).

Elle commence la veille au soir, et dure un jour en Israël.

C’est la deuxième des trois fêtes de pèlerinage, après Pessah et avant Soukkot.

A lire aussi : Anne-Marie Dreyfus : La Torah, un don inappropriable

En diaspora, Chavouot (שבעות les semaines) dure deux jours. Ce sont des jours chômés : aucun travail n’y est permis, autre que la préparation des repas.

La fête de Chavouot s’appelle également "Pentecôte" du grec pentécostê qui veut dire cinquantième (soit 50 jours après Pessah’).

Chavouot signifie "semaines" car cette fête tombe sept semaines après Pessah , et rappelle la révélation des dix paroles au Sinaï. Sept semaines après leur sortie d’Egypte, les Hébreux se préparèrent au pied du Mont Sinaï et Dieu leur donna la Torah."

Les deux paragraphes entre guillements sont tirés du site de l'AJCF, où nous vous invitons à poursuivre la lecture, pour prendre toute la dimension de cette fête importante dans le calendrier hébraïque. Lire ici.

Vous serez dirigés, si vous le souhaitez, sur le site du Consistoire et sur le site de la Communauté Massorti, pour un document très complet.

Fidélité, la radio chrétienne de Loire-Atlantique, vous donne également rendez-vous dimanche à 10 h pour l'Emission "Juifs et chrétiens en dialogue" : une rencontre entre Maddy Verdon et Hervé Zimbris et Albert Sitruk, de la communauté de Villejuif,  à propos de la fête de Chavouot.

Vous pouvez aussi  écouter cette émission en podcast ici.

Bonne fête de Chavouot à tous nos amis de la Communauté Juive

 

 

3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 15:10

Après le vif succès de son premier exposé sur Spinoza - suscitant le désir d'en savoir davantage ! -

Didier Périgois nous propose une deuxième partie,

qui permettra d'aborder d'autres aspects de la personnalité de ce philosophe.

Nous vous invitons donc à venir nombreux prendre part à cette conférence

le jeudi 16 Juin à 20h,

au CCAN (voir ci-dessous)

Spinoza... Vous l'avez aimé... Voici une deuxième conférence...
2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 16:14

C'était une nouveauté, et il nous faut en rendre compte, même si c'est un peu tardif.. Dimanche 11 novembre 2007, l'Osservatore Romano, le journal du pape, avait publié un article d'une femme juive, Anna Foà, professeur d'histoire à l'Université de Rome "La Sapienza", fille du leader politique communiste Vittorio Foà et arrière petite-fille du grand rabbin de Turin.

L'article devait être le premier d'une collaboration permanente de l'universitaire juive avec le journal du Vatican, et cela, c'était une vraie nouveauté.

Depuis la fin d'octobre 2007, c'est-à-dire depuis l'arrivée de Giovanni Maria Vian à la direction de l'Osservatore, des changements il y en a eu, mais celui-ci est certainement un des plus voyants. Dans la Curie, cela a donné lieu à bien des ronchonnements, mais le pape Benoit XVI avait clairement montré qu'il "couvrait" le nouveau directeur.

De cette collaboration, voici un nouvel article de Anna Foà, dans l'Osservatore Romano, en date du 1er avril 2016, sur "Le regard des femmes juives".

"Nous nous trouvons à un tournant dans les relations entre chrétiens et juifs, un tournant marqué par le récent document de la Commission pour les rapports religieux avec le judaïsme Pourquoi les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables, un document à caractère théologique qui par son importance, se place dans la droite ligne de la déclaration Nostra ætate. « Dans la recherche d'une attitude juste envers Dieu – a dit le Pape François – les chrétiens s'adressent au Christ en tant que source de vie nouvelle, les juifs à l'enseignement de la Torah ».

Des mots qui doivent encore être assimilés par le monde juif, de même que par le monde chrétien, bien que des deux côtés, certaines prises de position importantes en ont tout de suite signalé la nouveauté. En ce moment, que nous espérons être un tournant pour tous, il nous a semblé important de réfléchir sur les textes juifs et en particulier sur la façon dont ils ont été lus et interprétés dans une optique que nous voudrions mettre en lumière, celle des femmes.

Un fragment de réflexions et analyses textuelles au féminin qui nous signalent la capacité des femmes à se faire interprètes, à lire de façon nouvelle, à questionner des textes qui tiennent compte des besoins des femmes, auxquelles a également été donnée la Torah sur le Sinaï. Saisir, d'une certaine façon, la lecture féminine des textes, ces textes qui, comme le dit le Pape François, représentent la façon dont les juifs s'approchent du divin. L'autre aspect que nous avons voulu donner à notre réflexion regarde vers l'arrière, vers le dialogue et le rôle que de nombreuses femmes, juives et chrétiennes, ont eu en débutant, en faisant grandir, approfondir cet échange initié il y a de nombreuses années, avant encore que le Concile Vatican II n'en reçoive les premières suggestions. Nous l'avons fait en racontant la vie d'une extraordinaire figure juive de la recherche, Lea Sestieri. L'histoire du dialogue juif-chrétien – de ses sommets jusqu'à des figures moins connues – regorge d'histoires féminines. Là encore, les femmes ont apporté engagement et passion. La capacité d'affronter le changement sans crainte, de s'ouvrir au monde sans conformismes. Une histoire qui a non seulement un passé derrière elle, mais qui a un avenir à inventer."        Anna Foà

Vous l'avez compris : c'est de la vie de Lea Sestieri qu'il est question. Nous vous la ferons découvrir dans un nouvel article.

 

23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 18:40

Dans le calendrier hébraïque, nous sommes dans la période de l'Omer : période de quarante-neuf jours (7 semaines) qui sépare Pessah de Chavouot (les deux premières fêtes de pélerinage).

C'est le Lévitique (23,15) qui nous dit : "Vous compterez sept semaines à partir du lendemain du shabbat,(de Pâque) c'est-à-dire à partir du jour où vous aurez amené la gerbe du rite de présentation ; les sept semaines seront complètes ; jusqu'au lendemain du septième shabbat, vous compterez donc cinquante jour et vous présenterez au SEIGNEUR une offrande de la nouvelle récolte..."

Le Omer, c'est une "gerbe" en hébreu, en référence aux premières gerbes d'orge qui étaient offertes au Temple à cette période de l'année, ainsi que le signale la Tora : "Quand vous serez arrivés dans le pays que je vous donne et que vous y ferez la moisson, vous apporterez un omer des prémices de votre moisson au prêtre, lequel offrira cet omer devant le SEIGNEUR pour vous le rendre propice." (Lévitique 23, 10-11)

A partir du II° siècle, l'Omer est devenu une période de deuil. Dans la Tradition, on trouve plusieurs explications historiques  : la commémoration de la répression féroce par les Romains de la révolte de Bar Kohba - qui, en l'an 135, mit fin aux derniers espoirs de l'indépendance juive en Terre sainte - eut lieu entre Pessah et Chavouot. Au même moment, une épidémie sanglante aurait décimé vingt-quatre mille élèves du célèbre Rabbi Akiva.

Chaque soir de ces quarante-neuf jours, pendant l'office à la synagogue, on fait le décompte des jours de l'Omer, qui séparent de la deuxième fête de pélerinage et de la célébration de la remise de la Tora (Chavouot).

Les juifs pieux marquent cette période de deuil en ne se coupant pas les cheveux, en ne se rasant pas, en ne portant pas de vêtements neufs et en ne célébrant aucun mariage ou fête publique.

Le deuil s'achève le 33°jour du compte de l'Omer (appelé Lag ba Omer) : 

 

Lag Ba Omer (lamed guimmel en lettres hébraïques = 33)

C'est une fête mineure du calendrier hébraïque, datant de l'époque des rabbins du Talmud, mais dont l'origine demeure incertaine. On la rapproche parfois de la date de la mort de Chim'on Bar Yohai (Rachbi), dont on dit qu'iI rédigea notamment le « Zohar » qu’il reçut oralement de son maître Rabbi ‘Akiva.

Ce qui est sûr, c'est que cette date a acquis une certaine valeur dans l'histoire et le calendrier juifs, mais la répression romaine ayant rendu sa célébration publique impossible (peut-être à cause du lien avec la révolte de Bar Kohba, elle fut longtemps clandestine. Pour cette raison sans doute, on oublia sa signification précise.

Egalement connue sous le nom de fête des Sages, cette journée se traduit par un pèlerinage populaire de juifs pieux à Méron, la ville de Galilée où Rabbi Shimon Bar Yoha est enterré. Les fidèles profitent de ce jour pour se recueillir sur la tombe d'autres sages, dans la région de Safed, au nord d'Israël, ville "sainte" qui hébergea de nombreux grands rabbins et kabbalistes après l'expulsion des juifs d'Espagne en 1492.  Ils étudient le Zohar ("Livre de la Splendeur", oeuvre maîtresse de la Kabbale), chantent des cantiques, allument des bougies et coupent pour la première fois les cheveux aux petits garçons âgés de trois ans. On allume aussi des feux de joie à travers tout le pays, et par extension sur la tombe des sages locaux.

Ce jour est férié en Israël. Les fidèles en profitent pour partir en promenade dans la nature et faire de grands pique-niques.

(Cet article doit beaucoup à Hélène Hadas-Lebel, dans son ouvrage "Le Judaïsme - pratiques, fêtes et symboles", paru en 2011 aux Presses de la Renaissance et au "Dictionnaire Encyclopédique du Judaïsme" dans la collection "Bouquins", chez Cerf - Robert Laffont).

Lag ba Omer, c'est jeudi 26 mai 2016 (18 Iyar 5776)

 

Joyeuses fêtes à tous nos amis juifs

 

 

20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 16:20

Après La Meilleraye de Bretagne près de Nantes (2010),  La Hublais près de Rennes (2012) et Le Bon Pasteur à Angers (2014), la session nationale "Découvrir le judaïsme, les chrétiens à l'écoute..." aura lieu cette année du 12 au 17 juillet, à Paray-Le-Monial (Saône et Loire), dans le cadre des rassemblements d’été réunissant des centaines de jeunes.

Elle aura pour thème :

"La miséricorde à la lumière de la tradition juive".
Inscrivez-vous au plus vite !

Inscription à la session de 5 jours, inscription possible à la journée ou pour Chabbat

"Jeunes et moins jeunes, enthousiasmés par le dialogue judéo-chrétien ou les rencontres interreligieuses, faites-nous l’amitié de venir nous rejoindre, que vous soyez juifs ou chrétiens, afin que nous fassions honneur, entre autres temps forts, au grand Chabbat auquel plus de 1000 participants seront conviés.

Cet été, nous aurons besoin de votre expérience et de votre foi pour communiquer largement autour de nous la flamme qui nous anime !"

Jacqueline Cuche et Thierry Colombier (AJCF)

Télécharger le flyer-papillon

Programme et présentation de la session

Bulletin d'inscription

17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 15:50

ARTE nous propose en ce 17 mai 2016, à 20 h 55, une soirée THEMA

"De crise en crise : le Moyen-Orient"

 A 20 h 55 : Elle commence par un documentaire de 85 mn, intitulé : "La fin des chrétiens d'Orient ?"

Cette émission retrace la situation actuelle des chrétiens dans le Moyen-Orient. Elle commence par évoquer la fuite en été 2014 des chrétiens de Mossoul vers le Kurdistan irakien. Ce parcours se poursuit dans d’autres pays comme la Turquie, la Syrie, le Liban et l’Egypte. Passionnant, certes, désespérant ? En tout cas se joue là un drame universel.

A 22 h 25 : documentaire : "100 ans de guerre au Moyen-Orient" (L'accord secret Sykes-Picot et ses fatales conséquences.)

Comment, il y a cent ans, les puissances coloniales britannique et française ont redessiné ensemble les frontières du Moyen-Orient, préfigurant une part du chaos actuel.

23 h 30 : Documentaire "Des milliards dans le désert". L'aide européenne en Palestine (documentaire à charge contre la statégie des Européens).

0 h 30 : documentaire : "La loi des plus forts"  film documentaire israélien : La législation en vigueur dans les Territoires palestiniens dévoilée par ceux qui l'ont mise en place. Un exposé d'une grande rigueur, primé au Festival de Sundance 2012.

Présentation

  • : Amitié Judéo Chrétienne de NANTES
  • Amitié Judéo Chrétienne de NANTES
  • : Association faisant partie de l'Amitié judéo-chrétienne de FRANCE
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