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17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 20:23
Aujourd'hui, dans le journal "La Croix" Armand Abécassis écrit :



 « Ma famille a fait de moi un passeur » 
 
«J
e suis né au Ma­roc, à Casablanca, où j’ai vécu mon enfance. Ma ville se limitait alors à la rue des Synagogues, une rue arabe certes, mais spécifiquement juive marocaine. Très tôt, j’ai eu conscience d’ap­partenir à une com­munauté différente, parce que profondé­ment ancrée dans une tradition qui me fut transmise par trois personnes que je respectais infiniment: mes deux parents et le rabbin Eléazar. Ce res­pect des aînés reposait aussi sur la solidarité entre adultes. Ma mère approuvait mon père en toute situation et tous deux avaient une confiance aveugle en Rabbi Eléazar. Entre eux, il y avait comme un partage des tâches.
  Ma mère m’apprenait la solidarité : je portais aux plus démunis les vêtements et les denrées qu’elle avait collectés au sein de la famille. Expansive, elle me couvrait de baisers et de formules exagérées d’amour ou… de réprimandes, si par hasard je m’étais fait punir par le rabbin!
Mon père, lui, veillait à ce que je connaisse parfaitement mes priè­res. Il ne m’embrassait pas lorsque j’inclinais la tête pour recevoir sa bénédiction, mais souriait tendre­ment. Mon plus grand bonheur d’enfant était de ressentir sa fierté à mon égard, bien qu’il essayât de la camoufler, lorsque je l’accompa­gnais à la synagogue.
  Comme tous les enfants juifs, je me rendais chez le rabbin chaque jour après l’école, car si la transmis­sion religieuse passait par la famille, la connaissance de la Torah, elle, incombait au seul rabbin! Après mes parents, Rabbi Eléazar était comme un second rempart qui me protégeait. Une sécurité si propice à l’éclosion d’une liberté intérieure ! Avec lui, j’apprenais à affermir ce
que mes parents me faisaient vivre. Ainsi je comprenais que les gestes rituels avaient un sens, que rien n’était arbitraire même si cela me dépassait, et qu’il me fallait appren­dre pour transmettre à mon tour.
  Aujourd’hui je suis un grand-père heureux lorsque je vois toute ma fa­mille réunie pour le shabbat. À notre époque, je crois que les parents et les grands-parents ont plus que jamais un rôle de témoins à jouer auprès de leurs enfants et petits-enfants. Un rôle pédagogique qui accompagne les interrogations, car c’est là que se joue la liberté personnelle face à la tradition: nous ne vivons pas le même shabbat qu’au temps d’Abra­ham ! C’est cette continuité et cette fidélité communes des adultes qui font peu à peu comprendre aux jeu­nes qu’ils sont les futurs passeurs d’une tradition plus que trois fois millénaire. »
 


 « À notre époque, je crois que les parents et les grands-parents ont plus que jamais un rôle de témoins à jouer auprès de leurs enfants et petits-enfants. »

 (1) Armand Abécassis est un chroni­queur régulier de La Croix
.
  Les livres d’Armand Abécassis témoignent d’un dialogue fécond entre judaïsme et christianisme. Il évoque son enfance dans le dernier paru, Rue des Synagogues
, Éd. Robert Laffont, 2008, 364 p., 21 €.
  Avec sa fille, l’écrivain Eliette Abé­cassis, il a publié en 2007 le Livre des passeurs
(Robert Laffont), une anthologie qui réunit trois mille ans de littérature juive.
 




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