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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 17:08

Du 7 au 9 janvier le dialogue inter-religions a vécu un moment fort

à l'Abbaye de St Jacut-de-la-mer, dans les Côtes d'Armor,

favorisé par un cadre merveilleux et un temps ensoleillé.

 

Le thème de cette rencontre avait de quoi susciter l'intérêt :

 

Les religions chemins d'humanisation

 

Intervenaient dans ce week-end :

 

Hervé-Elie Bokobza et Michel Berder

Jean-François Petit et Ghaleb Bencheikh

Mehrezia Labidi Maïza et Laurent Klein.

StJacut2011 1 copie

 

Le titre semble provocateur.  Avons-nous donc déjà oublié qu'en déclenchant la seconde guerre du Golfe, Georges Bush parlait de Croisade ? Or les chrétiens du Proche et du Moyen Orient ne demandent aucun privilège, mais seulement qu'on reconnaisse leurs droits de citoyens. N'oublions pas non plus que les croyants de confession musulmane ne sont pas épargnés par le terrorisme et que ce qu'ils réclament c'est plus de démocratie. Existe-t-il donc une autre voie que celles de l'intolérance ou de l'indifférence ?

En tout cas, il y a nécessité urgente d'un changement de regard. Les religions se doivent d'accepter la critique, qui peut les conduire à s'humaniser, d'abord en leur sein, par un travail d'interprétation des textes, et au sein de la société, car la critique ouvre les religions au reste de l'humanité et au dialogue avec autrui.


En ouvrant ainsi, en substance,  le colloque inter-religions, Bernard Stéphan, directeur général des Editions de l'Atelier, invitait les intervenants à échanger des regards croisés sur différents textes des traditions juive, chrétienne, et musulmane et à se poser la question : quelle peut être la contribution des religions à l'humanisation de la société ?

Impossible de rendre compte ici de tous les échanges et de tous les débats. Ce qui est sûr, c'est qu'il a été possible d'échanger, dans la sérénité, la confiance, et sans occulter les différences d'approche.

 

Un vibrant hommage a été rendu au Père Jean-Yves Calvez, cheville ouvrière des rencontres interreligieuses de St Jacut, décédé au retour du colloque de janvier 2010, et à Soeur Marie-Thérèse Le Gallais, décédée en septembre 2010,  qui avait assuré pendant 20 ans la direction de l'Abbaye et avait su lui donner une grande impulsion dans l'accueil et l'hospitalité.

10-01-13 CalvezMTLegallais

Ghaleb Bencheikh a voulu aussi évoquer le souvenir de Mohammed Arkoun, décédé également en septembre. Intellectuel algérien, philosophe et historien de l'islam, professeur émérite d'histoire de la pensée islamique à la Sorbonne, Mohammed Arkoun n'a pas eu en France à sa mort l'hommage qu'il aurait mérité. Il se situait dans la branche critique du réformisme musulman,  Prônant le modernisme et l'humanisme islamique, il a développé une critique de la modernité dans la pensée islamique, et plaidé pour un Islam repensé dans le monde contemporain. Il a souvent été en pointe dans le dialogue interreligieux.

 

Merci à Bernard Stéphan d'avoir assuré l'animation de tous les débats dans la confiance et le dialogue.

 

Pour terminer, et essayer de donner une petite idée de  

qui était Mohammed Arkoun

à ceux qui ne le connaissent pas,

je voudrais citer sa réponse à une question posée

dans "Le Monde" du 6/10/2001

par Patrice de Beer et Henri Tincq :

Arkoun

 

"Q : La violence est-elle consubstantielle à l'Islam ?

"R : Poser ainsi la question est choquant. C'est isoler l'islam de toute la problématique anthropologique de la violence. Bien avant l'intervention de ce qu'on  nomme l'islam, il y avait dans toutes les sociétés primitives des rites sacrificiels, des actes de violence guerrière. Et cela continue dans nos sociétés dites modernes. Or comment expliquer que, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les affrontements soient presque tous mis d'abord en relation avec le djihad islamique ? Comme on parlait de banque islamique, de commerce islamique, d'architecture islamique. A-t-on jamais observé ce phénomène avec le christianisme ou le judaïsme ?

        "J'admets que la responsabilité de cet usage non critique incombe aux musulmans eux-mêmes, qui lient effectivement l'islam aux combats en cours, soit dans les sociétés dites aussi islamiques, soit avec des adversaires désignés par le terme fortement idéologisé d'"Occident". Si des acteurs sociaux dans les pays dits musulmans font des usages doctrinalement infondés de "leur" religion, il appartient à l'analyste et aux observateurs critiques de déconstruire le discours social adressé à l'imaginaire collectif pour le mobiliser dans des luttes dont les enjeux sont exclusivement politiques et sociaux.

        "Les racines du mal relèvent d'une anthropologie plus profonde, dans ce que René Girard a analysé comme une rivalité mimétique autour d'un même capital symbolique. Une rivalité mimétique qui remonte à l'âge de Mahomet et opposait déjà chrétiens, juifs et musulmans naissants autour de trois piliers : le monothéisme, la fonction prophétique, la Révélation. Ce capital symbolique avait déjà été monopolisé pendant des siècles par la Bible hébraïque et par le message de Jésus de Nazareth. Or voilà qu'un troisième acteur surgit et dit que ce qui a été transmis par les précédents prophètes n'est pas complet, que leur message a été altéré. La rivalité mimétique commence par la différenciation : une autre expression du divin surgit, qui concurrence celles qui existent. Sans cette différenciation, il n'y a pas d'islam. Mais cette rivalité engendre de la violence entre les peuples du Livre dès les premiers temps de l'islam.

        "On est en face d'un "triangle" composé des trois forces mobilisatrices que sont la violence, le sacré et la Vérité. René Girard n'a étudié que les rapports entre violence et sacré. Moi, j'ajoute la Vérité. C'est la sourate 9 du Coran qui m'a ouvert les yeux. C'est elle qui justifie le djihad par l'idée de Vérité. C'est au nom d'une Vérité religieuse que j'accepte d'aller au combat et de me sacrifier, que je peux avoir à tuer d'autres hommes. Mais ce triangle anthropologique de la sacralisation de la violence n'est pas propre à l'islam ni à toute vérité religieuse. Elle peut être la Vérité de la Patrie à défendre, comme c'était le cas pour les soldats de la guerre de 1914. Le pouvoir sacralisateur de la réalité religieuse ou de la patrie charnelle, c'est la même chose."

 

pour lire tout l'interview : entretien avec M Arkoun

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