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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 11:30

 

melleray

 

« DECOUVRIR LE JUDAÏSME »

  du  12 au 18 juillet 2010 à l’abbaye de Melleray

  

 « Je souhaite que cette rencontre soit un pas de plus sur le chemin irrévocable du dialogue, de l’amitié et de la fraternité avec nos frères aînés, nos amis juifs ». Tel était le message de Mgr Jean-Paul James pour la session "Découvrir le Judaïsme", organisée à l’abbaye cistercienne ND de Melleray en Loire-Atlantique par le Service diocésain pour les relations avec le Judaïsme (SDRJ) de Nantes, en lien avec les groupes d’AJC-F de l’Ouest. Cette rencontre visait à mettre en application les recommandations du concile Vatican II, dans sa déclaration Nostra Aetate §4 du 28 octobre 1965 : « Du fait d’un si grand patrimoine spirituel commun aux chrétiens et aux juifs, le Concile veut encourager et recommander entre eux, la connaissance et l’estime mutuelles qui naîtront surtout d’études bibliques et théologiques, ainsi que d’un dialogue fraternel ».

 

L’évêque de Nantes et l’archevêque de Rennes Mgr Pierre d’Ornellas ont soutenu l’initiative nantaise, dès son origine.  Et pour sa part, l’évêque d’Angers Mgr Emmanuel Delmas a adressé un chaleureux message de soutien aux participants.

  

Constitution de l’équipe d’organisation et projet :

Le groupe de pilotage, interdiocésain, comptait des membres des SDRJ de Nantes et d’Angers et des chrétiens membres actifs de l’AJC F, issus des diocèses de l’Ouest. On doit aussi noter l’implication constante de la Communauté juive de Nantes dans le projet. Tous souhaitaient relever ensemble le défi de mieux faire connaître aux chrétiens, le judaïsme vivant "tel qu’il se définit lui-même" et ce faisant, faire découvrir les sources juives du message évangélique, la judéité de Jésus, l’unité des deux Testaments (Ancien et Nouveau), la permanence de l’Alliance…

 

Le public concerné était majoritairement, des chrétiens de l’Ouest engagés à des degrés divers dans l’Eglise, souhaitant mieux connaître le judaïsme et rencontrer des juifs.

La réponse a été au-delà de l’attente : 180 personnes présentes en moyenne chaque jour, 200 présentes pour le chabbat et près de 250 pour la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv.

  

Accueil et organisation :

L’hébergement était assuré à l’abbaye, dans les chambres de l’hôtellerie ou en camping dans les prairies du monastère. De plus, grâce à l’implication des paroisses environnantes, les participants à la session ont pu loger chez l’habitant. Il est à signaler que la municipalité de La Meilleraye de Bretagne ainsi que la Communauté de communes du castelbriantais ont apporté un soutien logistique important par le prêt de matériels : tentes, podium, tables, chaises, sonorisation… et par leur action de communication.

 

Hormis le petit déjeuner, les repas ont été pris en charge par les jeunes Eclaireuses et Eclaireurs Israélites de France (EEIF) ; un choix  du groupe de pilotage encouragé par le Père Patrice Eon, responsable du SDRJ, qui s’exprimait peu avant la session en ces termes : « Cela fera une belle animation dans l’abbaye, au cœur de la session, ces trente jeunes [scouts israélites] en train de cuisiner, de servir les repas, de faire la vaisselle… en plus de préparer la journée de commémoration de la rafle du Vel d’Hiv et d’autres activités… D’un point de vue symbolique il est intéressant de demander aux jeunes juifs d’assurer le service des repas pour des juifs et des catholiques. Dieu sait - c’est le cas de le dire - si les repas ont été des lieux où l’alliance s’est scellée… »

Une petite troupe deScouts de France, les Compagnons de Lannion, ont planté leurs tentes à l’abbaye pour aider aux diverses tâches d’installation et d’animation du rassemblement. En particulier, ces derniers ont fabriqué et entretenu les indispensables "toilettes sèches" pour suppléer au manque de sanitaires sur le site.

 

Dans un même temps, les Eclaireurs Israélites ont installé leur camp. Après avoir "cachérisé" la petite cuisine de l’hôtellerie St Bernard, loué le matériel adéquat et assuré le ravitaillement, ils prépareront et serviront plus de 1800 délicieux repas cachères, dans la bonne humeur, permettant ainsi aux juifs et aux chrétiens de manger à la même table et, fait exceptionnel, de vivre ensemble un vrai chabbat. 

 

Climat de prière :

La session a été rythmée par la prière des moines et des moniales, à laquelle les chrétiens étaient conviés trois fois par jour, également rythmée par la prière juive - le plus souvent chantée -  tous les matins, lors de la bénédiction des repas et pour le chabbat. Au cours de ces moments privilégiés de paix, les chrétiens ont pu percevoir les résonances profondes qui existent entre les deux traditions liturgiques.

  

Conférences et ateliers :

Les interventions de grands spécialistes du dialogue judéo-chrétien auront permis de mettre en lumière les fondements théologiques de ce lien spirituel unique. « Le "non" des juifs à Jésus Messie, a-t-il un sens positif pour l’Eglise ? », « Faut-il être juif pour comprendre le Nouveau Testament ? », « Jésus chrétien ou juif pratiquant ? », « Le dimanche a-t-il remplacé le chabbat ? », « Baptême et circoncision » autant de questions complexes traitées avec clarté, humilité et dans le strict respect des identités religieuses. « Unir sans confondre et distinguer sans séparer » a été le fil conducteur de la session qui, assurément, a conduit les juifs à se sentir "plus juifs" et les chrétiens "plus chrétiens".

 

Au terme de son commentaire du Psaume 1 « Heureux l’homme qui médite la Tora jour et nuit… » le rabbin Philippe Haddad pose à son tour une interrogation audacieuse : « En quoi le christianisme serait-il la part manquante de mon judaïsme ? »

En vis-à-vis et comme en écho, les chrétiens ont réfléchi en atelier sur «  La spécificité du dialogue entre juifs et chrétiens  dans le dialogue interreligieux  ».

 

Les Pères Michel Remaud et Philippe Loiseau ont su communiquer la joie d’une lecture juive des Ecritures qui illumine une compréhension renouvelée des textes du Nouveau Testament. Ils suivent en cela les recommandations de la Commission biblique pontificale qui, dans son document de 2001 intitulé "Le peuple juif et ses saintes écritures dans la Bible chrétienne", précise : « Le Nouveau Testament reconnaît l’autorité de l’Ancien Testament comme révélation divine, et ne peut se comprendre sans sa relation étroite avec lui et les traditions juives ».

 

Comprendre le Judaïsme c’est aussi comprendre son histoire, sa mémoire « blessée » consécutive à ses rapports conflictuels et souvent dramatiques avec le monde. « La Shoah, un génocide comme les autres ? » c’est la question sous forme de méditation que le Père Patrick Desbois a développée, faisant observer que le projet nazi d’extermination du peuple juif a précisément visé ce peuple porteur de l’interdit biblique « Tu ne tueras pas ! »

 

Le Père Jean Dujardin a apporté de précieuses clés de compréhension concernant le lourd contentieux historique entre les deux communautés, depuis les débuts du christianisme jusqu’aux avancées considérables de l’après Vatican II.

 

Documents à l’appui, Danielle Guerrier a expliqué en quoi la rafle du Vel d’Hiv sous le régime de Vichy, était constitutive du processus d’extermination des juifs conçu par le troisième Reich dans l’Europe entière.

  

Commémoration de la rafle du Vel d’Hiv :

Le 16 juillet, "journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat français et d’hommage aux Justes de France", une cérémonie a été animée par les EI.

Les autorités civiles locales, les habitants des communes avoisinantes, la Communauté juive de Nantes représentée par son président Luc Pincaud et le rabbin Yoni Krief, les sessionnistes et les invités d’un jour, tous ont participé nombreux à cette rencontre nourrie de témoignages émouvants.

Alors que jeunes et moins jeunes, laïcs et religieux entonnaient un fraternel et fervent « Osseh Chalom », l’olivier de la paix était planté au sein de l’abbaye.

  

Autres propositions :

Cours d’initiation à l’hébreu, danses d’Israël, librairie spécialisée... Des groupes d’écoute ont été proposés chaque jour. Les participants ont pu y trouver liberté de parole, de questionnement et éclaircissement. Un soir, la petite troupe de théâtre  "Les Méchiguénés" est venue présenter quatre saynètes de la vie juive, pleines de réalisme, d’humour et de tendresse. Des veillées festives ont été animées par les jeunes : danses, chants, mimes… Sans oublier que, dans un écrin de verdure autour du puits, chacun pouvait venir étancher sa soif grâce aux "maîtresses de maison" : rafraîchissements, échanges, détente…

Enfin, le dernier jour, un diaporama sur Israël a été projeté.

  

Célébration du chabbat :

Vendredi soir, prière en plein air pour tous au bord de l’étang, conduite par Benjamin Bitane, responsable de l’éducation des EI, et repas partagé dans la joie avec explication des paroles et gestes significatifs. Samedi matin, Liliane Apotheker, juive membre du comité directeur de l’AJC de France, a commenté la "paracha" (section biblique hebdomadaire) montrant ainsi comment un juif "ouvre les Ecritures".

 

Ce moment d’étude a été suivi de la visite de Mgr d’Ornellas qui, touché par la vérité des relations vécues entre juifs et chrétiens présents autour de lui, a rappelé le danger de  « déjudaïser Jésus en le faisant sortir du mystère de l’élection d’Israël ». Après avoir célébré la messe avec les moines et les nombreux autres prêtres venus à la session, l’archevêque a partagé le repas du chabbat avec les responsables EEIF : Karen Allali commissaire générale, Béatrice Halpern Boukris présidente, et les animateurs.

 

L’après midi, les jeunes juifs et jeunes chrétiens ont livré un témoignage bouleversant. Leurs prises de conscience effectuées à partir du travail sur la Shoa, mené tout au long de la semaine avec Magda Lafon "qui avait 16 ans à Auschwitz", ont lancé de véritables rayons d’espérance.

La présence active et joyeuse de tous ces jeunes, scouts et "non scouts", et les échanges confiants qu’ils ont eus avec leurs aînés,  présagent d’un avenir prometteur.

 

Célébration du dimanche :

Dernier jour de la session, moment d’actions de grâce… Le Père Michel Remaud concluait ainsi son homélie sur les textes du dimanche (Gn 18, 1-10 ; Col 1, 24-28 et Lc 10, 3-42) :

« Nous chrétiens, nous étions persuadés que nous avions tout à donner et que nous n’avions rien à recevoir. Naïvement, ou moins naïvement, nous avons pensé que nous avions tout et qu’ils n’avaient rien, et que la charité devait nous conduire à leur faire partager nos richesses, en oubliant que les seules richesses dont nous pouvions nous enorgueillir nous étaient parvenues par leur intermédiaire. Nous parlions, et nous leur demandions d’écouter.
Je crois que notre époque nous fait vivre le début d’un bouleversement dont nous ne mesurons pas la portée. Pendant des siècles, dans les sociétés chrétiennes ou dites chrétiennes, les juifs ont été réduits au silence, et souvent sommés de nous écouter. Aujourd’hui, nous commençons à écouter les juifs.
Nous commençons à réaliser que la Parole qui nous sauve, nous est parvenue par leur intermédiaire. Jamais nous n’aurions entendu la Parole de vie et de salut si Israël n’avait entendu avant nous : "Écoute, Israël" (Dt 6,4). »

  

Parmi les nombreux témoignages recueillis :

 

« J’ai reçu un cadeau de grand prix et j’en rends grâce tous les jours - Ce qui était impossible hier devient aujourd’hui possible - Je suis venu avec la peur, elle est guérie - En 60 ans de vie presbytérale, je n’ai pas souvenir de session de cette qualité… » (participants chrétiens)

 

Ce que j’ai particulièrement aimé : « L’accueil des moines et religieuses, le cadre de l’abbaye, la nourriture, la disponibilité des intervenants, l’esprit d’ouverture, la joie partagée, les groupes de partage, les jeunes même un peu bruyants, les causeries autour du puits, la commémoration sobre et émouvante, le fait que l’Eglise catholique soit officiellement engagée, la présence d’amis juifs de plus en plus nombreux… » (extraits des fiches d’évaluation)

 

« Rien ne remplace ce que l’on vit en partage. Il n’y a pas de manière plus concrète de comprendre le judaïsme de l’intérieur que de le voir ainsi vivre et prier » (une participante juive)

 

« Rendons grâce à Dieu de ces moments privilégiés… et osons dire historiques pour nos deux communautés. Après cette incroyable aventure, le chemin de la fraternité est bien tracé maintenant »        Rabbin Philippe Haddad

 

« De mon passage, je garde un beau souvenir et une vive action de grâce. Que Dieu bénisse cette session et lui fasse porter tous ses fruits »      Mgr Pierre d’Ornellas

                                          


Thierry Colombié, le 07/10/10

membre du SDRJ et président AJC Nantes

 

Quelques  souvenirs photographiques vous sont proposés en diaporama sur le côté droit de cette page (Album photos : Melleray 2010)


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